jeudi 29 septembre 2011

L'ÉGLISE

LIEU SACRÉ - LIEU SAINT -

Je lisais ces jours-ci le journal de notre région. Un court article a retenu mon attention. Ce même article me fut ensuite commenté par un Frère de notre Communauté.

L'article s'intitulait: "DES CIMAISES CRÉÉES EN L'ÉGLISE SAINT PAUL" à Nîmes.
 Commentaires du journal: "Exposition - Gros succès avec 40000 visiteurs en trois mois. Amateurs plébiscitant l'exposition "LIEU D'ÊTRE", qui  déroule les peintures et sculptures de quatre Gardois sous la nef de l'église saint Paul. Une église où vivra désormais un véritable espace d'exposition. " Avec un double objectif, précise le prêtre du lieu; ouvrir à l'art contemporain, tout en soulignant que l'église est d'abord un carrefour, un endroit où l'on se rencontre." Le prêtre est lui-même peintre. En fait ce lieu devient désormais une salle d'exposition l'été, avec d'autres aux printemps et en automne. Photos, bandes dessinées, peinture et sculpture. Le prêtre précise: " Une église n'est pas un conservatoire : l'art y a toute sa place."

Drôle de conception d'un lieu sensé être saint et sacré !


Pour nous, Orthodoxes, l'église se différencie de tout autre lieu, et ce qui fait cette différence c'est l'Autel.
 C'est sur l'Autel que s'opère le mystère de l'Eucharistie, le sommet de la célébration de l'Église. Sur l'Autel le pain et le vin deviennent Corps et Sang du Christ.

Iconostase de l'église de la Fraternité Monastique de Nîmes - 2011 -

Espace sacré et hautement saint, le SANCTUAIRE, entourant l'Autel, est délimité par une ICONOSTASE, avec pour ouverture principale : les PORTES ROYALES. Elles ouvrent directement sur l'Autel. Seuls les célébrants franchissent ces Portes Saintes.
De même ne pénètrent dans le sanctuaire, que ceux qui sont appelés au service liturgique.
Le sanctuaire est un lieu hautement saint et sacré, on y pénètre avec piété et amour de Dieu, avec un respect plein d'amour pour la "beauté du lieu et la magnificence de Dieu" : "C'est ici la Maison du Seigneur, le Trône de Dieu..."

On peut constater que cette disposition de l'Autel du Seigneur, dans le sanctuaire et de l'iconostase caractérise toutes les églises orthodoxes, même lorsque le lieu de culte n'est qu'un local aménagé.

Dans le sanctuaire, sur la gauche de l'Autel, un autel plus petit, servant à la préparation des Saints Dons : la PROTHÈSE. Dessus sont déposés: Calice et Patène (ou diskos) sur lequel repose le pain pour la célébration liturgique. Le prêtre remplit le calice de vin et d'eau, puis prépare l'Agneau et les parcelles de la Mère de Dieu, des Saints, des vivants et des défunts.

A l'Offertoire, moment solennel de la Divine Liturgie, le calice et la patène sont portées avec solennité en procession de la Prothèse à l'Autel.
La droite du sanctuaire se nomme DIAKONIKON - c'est la sacristie  - lieu où généralement sont rangés les ornements et les objets liturgiques.

Hors du sanctuaire se trouve la NEF: lieu où se situent les cantres et les Fidèles. C'est là que se déroulement la majorité des sacrements, à l'exception des ORDINATIONS diaconales ou sacerdotales, mais aussi épiscopales, qui ont lieu à l'Autel. L'onction des malades, elle, peut être administrée à la maison du malade.

Dans les églises bâties on trouve le NARTHEX, c'est le vestibule entre la nef et l'extérieur. les moines y disent généralement les offices typiquement monastiques. Sur l'extérieur se trouve le péristyle, un genre de préau.

Stalles des Moines, au monastère de l'Archistratège Michel, Mavrosouvalas Oropou, Grèce.


Dans les grandes églises églises de la chrétienté orthodoxe on retrouve le dôme ou coupole hémisphérique, en haut duquel domine le Christ PANTOCRATOR, qui enveloppe l'espace intérieur, en reproduisant l'harmonie du cosmos récapitulée dans l'église.
Le mot PANTOCRATOR signifie : SOUVERAIN DE L'UNIVERS.


 Intérieur d'une église orthodoxe en Macédoine Banque d'images - 474386
 DÔME D'UNE CATHÉDRALE ORTHODOXE


Les murs de nos églises s'ornent de fresques peintes selon la même technique picturale que les saintes Icônes. Fresques et Icônes représentent les scènes de la vie du Christ, de la Mère de Dieu et des Saints.
les Fidèles se trouvent ainsi, environnés d'une nuée de témoins.

 Quelques Icônes peintes de l'église de la Fraternité monastique de Nîmes.


Cette OMNIPRÉSENCE de la sainteté et du mystère sacré de l'oeuvre du Christ créée le climat essentiel à la prière et la paix intérieure.

Les couleurs, les odeurs de l'encens, la lumière des cierges et des veilleuses, les chants... tous ces éléments mettent en alerte nos sens, créations de Dieu. En nous pénètre le mystère sacré du lieu. Lieu essentiellement voué à l'adoration, à la prière, à la Divine Liturgie, à la relation intime avec le Créateur avec l'AMOUR.
Lieu de contemplation du NOM DIVIN, lieu d'ABANDON à cet AMOUR INCRÉÉ.

Les icônes nous révèlent le Royaume, elles sont des fenêtres ouvertes sur ce Royaumes. le mystère est d'ordre sacramentel: le sacrement de la présence de celui qui est représenté. L'Icône est liturgique, elle n'est pas là pour flatter nos sens par sa beauté, elle nous permet de prier en présence de celui ou celle qui est représenté : le Christ, le Mère de Dieu, un Saint ou une Sainte, un Mystère de la vie du Christ (par exemple la résurrection, l'Ascension etc.) ou de la Mère de Dieu (la Dormition).

Les Icônes sont vénérées (et non pas adorées) par le Peuple de Dieu les Fidèles, encensées par les prêtres et le clergé, portées en procession. L'Icône est totalement intégrée à la Liturgie de l'Église.

C'est parce que le Verbe se fait chair et vient habiter parmi les hommes, parce que Dieu est sorti de Sa Transcendance pour s'abaisser, s'anéantir comme le dit l'Apôtre, et se rendre visible sous nos propres traits, dans la Personne du Fils de Dieu, que nous pouvons le représenter. Avant cette Incarnation du Verbe, nulle représentation n'était possible, tout simplement parce que la Révélation de Dieu ne s'était pas accomplie dans la totale clarté de cette Incarnation. 

L'Icône répond a des "canons" (règles) bien particuliers. Elle décrit de façon dynamique un état qui n'est pas de notre monde: celui de notre nature humaine transfigurée, telle qu'elle est apparue aux disciples à la Transfiguration sur le Thabor, mais aussi à tous ceux qui ont vu le Christ ressuscité.
Dans les Icônes, la chair est déjà ressuscité (les Icônes des Saints par exemple), illuminée de l'intérieur par une lumière qui n'est pas de notre monde.
C'est pourquoi les formes, les perspectives, les couleurs, le sens de la clarté ou la lumière et l'absence d'ombres dans l'Icône lui donnent cette beauté à nul autre pareil, totalement étranger à un art figuratif cherchant à imiter la réalité visible.

l'Icône est l'image de l'invisible, c'est une fenêtre ouverte sur le Royaume, sur notre devenir en Dieu.

Ainsi, nous pouvons comprendre que l'église (lieu de culte) est UNIQUEMENT et ESSENTIELLEMENT un lieu sacré, un lieu de prière, de contemplation, dans lequel on pénètre avec foi et amour, avec respect. Ce lieu englobe l'homme et l'illumine.

Les Fidèles orthodoxes pénètrent dans l'église en se signant déjà sur le pas de porte de l'église, puis ils vont vénérer et embrasser les Icônes du Christ et de la Mère de Dieu, puis les Saints qu'ils désirent vénérer.
Mais JAMAIS l'église ne pourra servir de lieu mondain ou les foules se bousculent pour admirer des expositions profanes (tout respectable et honorable de cela soit), écouter de beaux concerts.

L'église est le lieu de la LITURGIE CÉLESTE. La beauté de la Divine Liturgie ne s'adresse pas uniquement à la raison, elle parle directement au coeur de l'homme. Elle englobe l'homme, le nourrit et l'illumine. Il faut être dans la Liturgie comme l'enfant qui découvre le monde et ses merveilles. Paisible, détendu et concentré.

les Fidèles orthodoxes ne vivent pas la longueur des offices comme une contrainte, mais comme avant goût du Royaume.

le sens du beau est la marque la plus profonde de l'image divine de l'homme.

EN PERDANT LE SENS DU SACRÉ L'HOMME PERD, QU'IL LE VEUILLE OU NON, LE SENS DE LA BEAUTÉ, IL PERD LE JUSTE REGARD SUR LUI-MÊME.

L'homme en perdant le sens du sacré, perd sa propre réalité, il a été créé en vue de l'homme nouveau, l'intelligence et le désir de l'homme sont créés pour le Christ. Dans l'être humain, Dieu constitue le premier élément et l'homme le second. L'homme est créé comme un être divino-humain en puissance, qui a le devoir, sous la conduite de son âme "à l'image de Dieu", de se faire semblable en tout à Dieu, et de devenir aussi en acte un être divino-humain, un être en lequel l'homme est parfaitement uni à Dieu.

 L'homme doit retrouver le sens sacré de ses lieux de prière et de célébrations. En retrouvant cela, il retrouvera sa réalité spirituelle.

Nous pouvons aujourd'hui mieux comprendre ce que ressent le monde "chrétien" occidental en voyant ses lieux saints devenir des centres "culturels et de loisirs". Ce lieu construit pour Dieu par les anciens, où devait être célébrés uniquement les Mystères, où l'homme devait pouvoir, dans la paix et le silence, venir rencontrer son Dieu, ce lieu devient un lieu de circulation intensif où l"on visites des expositions et où on fait des concerts profanes.


Pense-t-on par ces moyens ramener les hommes à l'église ?

 ERREUR ! 
 L'homme occidental se perd dans sa propre adoration, son autosatisfaction. Il est seul face à lui-même et en lui-même, car il rejette Dieu loin de lui. Il entraine les autres avec lui en invoquant l'illusion des "lumières". 
(D'après des textes du Père Justin POPOVITCH. édit. Age d'homme)