samedi 14 janvier 2012




Nativité 2012 à la Fraternité Monastique de Nîmes.



THÉOPHANIE
06/19 JANVIER 2012

TROPAIRE  t1 - Lors de Ton baptême dans le Jourdain Seigneur, fut manifesté l'adoration due à la Trinité. La voix du Père te rendit témoignage, en Te donnant le nom de Fils bien-aimé, et l'Esprit sous la forme d'une colombe, a confirmé la vérité de cette parole. Christ-Dieu, qui est apparu et qui as illuminé le monde, gloire à Toi !

KONDAKION t4Tu t'es manifesté en ce jour à l'univers et Ta lumière, Seigneur, a brillé sur nous; en pleine connaissance, nous te chantons : Tu es venu, Tu es apparu, Lumière inaccessible.





HOMÉLIE de GRÉGOIRE PALAMAS

Grand et sublime est le mystère du baptême du Christ, et il est difficile à contempler, à interpréter, et non moins difficile à comprendre.
 Aujourd'hui que notre nature est remodelée en Christ, l'Esprit Saint a été manifesté en descendant des lieux supra-célestes sur Lui, qui était baptisé dans le Jourdain, et Il manifesta le mystère de la Trinité Très Haute, créatrice de l'univers, mystère salutaire pour les créatures raisonnables.
 Notre nature ayant été remodelée, et puisque la trinité Très Haute et créatrice de l'univers s'est manifestée dans le Jourdain comme l'Archétype de l'image qui se trouve dans notre coeur, ceux qui baptisent en Christ, après le Christ, le font en trois immersions, alors que Jean baptisait dans le Jourdain en une seule immersion, comme le signifie l'Évangéliste Matthieu, disant : " Une fois baptisé, Jésus remonta aussitôt de l'eau".
 "Et voici, ajout-t-il, les cieux s'ouvrirent sur Lui" (qui évidemment n'était pas encore sorti de l'eau, mais seulement en train d'émerger).
 L'immersion du Christ et le fait que durant Son baptême Il était sous l'eau, suggéraient par avance Sa descente en enfer : par conséquent, en remontant de l'eau, Il suggérait par avance Sa résurrection. C'est donc à juste titre, et dans la continuité avec ceci, qu'au moment même où Il remontait, les cieux s'ouvrirent sur Lui.
(...) "Les Cieux s'ouvrirent sur Lui" : il n'est pas écrit "le ciel", mais les CIEUX, c'est-à-dire la totalité des cieux, l'ensemble des réalités d'en-haut, afin qu'aucune des limites qui s'étendent là-haut, au-dessus de nous, ne soit tenue par quiconque pour une réalité supérieure à Celui qui aujourd'hui est baptisé, mais que l'on réalise et connaisse qu'une seule nature et une seule Seigneurie est venue de l'infinité qui se trouve au-delà des cieux, les entoure, et où elle réside, seule, jusqu'au centre de l'univers, et à la région ultime où nous habitons; c'est-à-dire qu'elle remplit tout, rassemble et contient tout de façon salutaire, et s'étend bien au-delà de toutes choses, se faisant connaître ineffablement comme union de trois personnes.

"Les cieux s'ouvrirent sur Lui", est-il dit, pour montrer le plus clairement possible qu'Il est Celui qui est, Lui qui existait avant les cieux, ou plutôt avant tous les êtres, car Il est avec Dieu, Dieu, Verbe et Fils de Dieu, n'a pas un Père plus ancien que Lui, et possède avec le Père le nom au-delà de tout nom et de toute parole (Phil. II, 9).

"Les cieux s'ouvrirent sur Lui"; ou comme Marc le dit (Marc. I, 10), "Ils se fendirent": "En remontant de l'eau, Il vit les cieux se fendre"; pourquoi donc l'un a-t-il écrit "s'ouvrirent", et l'autre "se fendirent" ? Pour qu'il n'échappe pas, à quiconque écoute intelligemment, que le mode de ce mystère est double. Par l'expression "s'ouvrirent", Matthieu a montré que les cieux nous étaient auparavant fermés, à cause de notre péché et de notre désobéissance envers Dieu.

C'est donc en toute justice que sur le Christ, qui est apparu obéissant en tout, et qui,, comme Il le dit Lui-même, "a accompli toute justice" (Matthieu III, 15), les cieux s'ouvrirent, précisément pendant Son baptême.(...)

Cette puissance et cette énergie se manifestant, et comme descendant vers cette chair d'hypostase divine, les cieux se fendirent, ne pouvant les contenir. Il a parlé juste, celui qui dit à Dieu : "même le ciel n'est pas pur devant Toi." (Job XV, 15), nommant "ciel" les anges célestes, les archanges, les chérubins aux yeux nombreux, les séraphins aux six ailes, et tout le reste de la nature qui réside au-delà du monde. (...)

Pourquoi est-ce seulement sur Jésus, pendant qu'Il priait, que le ciel s'est ouvert, alors que cela ne s'était produit pour personne avant Lui ? Que dis-je ? Celui qui, encore à l'état d'embryon, comprenait l'économie divin-humaine du Verbe enhypostasié de Dieu, et qui non seulement a tressailli dans l'allégresse de l"Esprit divin dans le ventre même de sa mère" (Luc I, 41-42), mais qui a aussi communiqué la grâce à celle qui le portait, lui qui, délivré par la suite, délia la bouche de son père, qui avait été fermée à cause de lui sur l'ordre d'un ange, lui qui avait été nourri dans le désert, le plus élevé parmi les enfants des femmes (Luc VII, 28) et le plus grand prophète depuis les siècles, n'était même pas capable de délier la courroie de sandale du Christ; aurait-il pu exister, parmi ceux qui n'avait pas la dignité de Jean, un homme capable d'ouvrir les cieux, ou plutôt, les réalités supra-célestes ?


(...) afin que tu connaisses la hauteur de la précellence absolue de Celui qui a été baptisé dans la chair, examine, je t'en prie, ceci : une fois qu'il a été écrit "les cieux s'ouvrirent sur Lui" il nous est montré par des oeuvres que non pas simplement les cieux, mais même le sein du Père Très Haut, se sont ouverts sur LUI; d'où la venue de l'Esprit, et la voix témoignant de la légitimité de la filiation. Et les cieux en sont les hérauts, s'ouvrant comme une grande bouche à la mesure de l'univers, exposant non seulement aux anges célestes, mais aussi à tous les hommes demeurant sur terre, l'égalité d'honneur du FILS de Dieu avec le PÈRE céleste et l'ESPRIT provenant du Père par procession, égalité dans l'essence, dans la puissance et dans la Seigneurie de l'univers. (...)

"Jésus une fois baptisé, remonta aussitôt de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent sur LUI" : voyez-vous comment le saint baptême est la porte des cieux, et qu'il y introduit les baptisés? En effet, il n'est pas seulement écrit "les cieux s'ouvrirent", mais "les cieux s'ouvrirent sur LUI". et tout ce qui Lui est arrivé est arrivé pour nous.
Par LUI donc les cieux se sont ouverts sur nous; et, tenant les portes grandes ouvertes, ils attendent notre entrée. Tel est le témoignage du précurseur de tous les martyrs, ÉTIENNE ou STÉPHANE : s'étant agenouillé, il priait, et fixant son regard, il vit ce que nul avant le baptême du Christ n'avait encore vu: "fixant son regard vers les cieux, il les vit ouverts, et Jésus dans la gloire du Père" (Actes VI, 55-60). Non seulement il vit la gloire ineffable et le lieu supra-céleste, mais aussi l'objet de son désir, dans la gloire du Père par laquelle, d'une façon bienheureuse, il fut le premier de tous les hommes qui vécurent après le Christ, à contempler ce que nul avant le Christ n'avait contemplé, et que les ordres des Anges eux-mêmes craigent de scruter (I Pierre I, 12). Car Jésus, l'objet de son désir, l'a attiré à Lui, désirant qu'il fût Son premier serviteur dans les cieux, de beaucoup plus honoré que les esprits liturgiques, comme premier témoin dans la lutte. Par le Christ donc les cieux nous ont été ouverts, et c'est Lui qui nous a purifiés, par LUI-même : car IL n'avait pas besoin, LUI, d'une purification, ni que les cieux s'ouvrissent ainsi.


(...) Jean vit donc, l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur le Christ. Et la forme de la colombe témoigne de la pureté de CELUI vers qui elle est descendue. Cet oiseau en effet ne vole pas vers les lieux impurs. De plus, l'ESPRIT rend témoignage avec la voix du PÈRE venant d'en-haut, comme il est écrit. (...)




(...) Ce n'est pas seulement une union, mais une intime communion, à la fois surnaturelle, continue, totale, et sans confusion : et il S'est révélé UN SEUL DIEU dans la divinité TRIHYPOSTATIQUE et toute-puissante, lorsqu'il Lui a plu de Se manifester par Lui-même, PÈRE supra-céleste, FILS consubstantiel, ESPRIT SAINT procédant du Père et reposant dans le Fils, dans une union sans confusion, et une distinction sans division. Car il y a deux témoins, et un seul est l'objet du témoignage; ils témoignent de leur divinité, de leur connaturalité, et de leur distinction mutuelle : de la divinité par la sublime Seigneurie, sous l'action de laquelle les cieux se sont tout d'un coup fendus; de la connaturalité par la conjonction étroite et continue, par l'accord des volontés; de la distinction, enfin, par l'emprunt des noms hypostatiques, tout relatifs qu'ils soient (* Saint Grégoire nous signale ici que dans la tradition apophatique les relations trinitaires sont au-delà de toute dénominations.)

Le vêtement que le Christ a reçu de nous est élevé jusqu'à une dignité telle, qu'on le contemple comme inséparable du Fils de Dieu, car même après l'Incarnation les hypostases adorées et illuminatrices sont trois, en lesquelles nous croyons et sommes baptisés, nous étant dévêtus du vieil homme et ayant revêtu le Christ, nouvel Adam hypostasié dans notre nature qui était débitrice, et qui fut renouvelée en Lui; Il l'a assumée d'un sang virginal, selon Sa bienveillance, l'a justifiée par Lui-même, et a délivré de la malédiction et de la condamnation ancestrales tous ceux qui par la suite sont nés de Lui selon l'Esprit.(...)


(...) Or ce n'est pas seulement notre nature à chacun de nous, croyants, mais aussi nos hypostases, qu'Il a renouvelées; et par Sa grâce Il nous a donné la rémission des péchés par le divin baptême, par la garde de Ses commandements, par le repentir qu'Il a donné par grâce à ceux qui tombent et par la communion à Son Corps et à Son Sang. (...)


(...) Oui, la bienveillance est la volonté primordiale, bonne, et parfaite de Dieu; et le Christ est le seul en qui le Père mette Sa bienveillance, Se repose, et Se plaise parfaitement, Lui Son "merveilleux conseiller, l'Ange de Son grand conseil" (Isaïe IX, 5), qui écoute Son propre Père et parle, qui prodigue à ceux qui Lui obéissent la vie éternelle.


Puissions-nous tous l'obtenir en Christ, le Roi des siècles, à qui reviennent toute gloire, honneur et adoration, ainsi qu'à Son Père sans commencement, et Son Esprit très-saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.  AMIN !
(Saint Grégoire Palamas - Homélies - Prononcée pendant la sainte fête des Lumières - LX, Oikomonos pp. 246-259. L'échelle de Jacod, 2ditions  OEIL. chap. IV, pp. 65 à 79).