samedi 25 février 2012

DIMANCHE 13/26 FÉVRIER 2012
Divine Liturgie à la Fraternité Monastique
 10h30    Ton 4
Le pardon
DIMANCHE DE LA TYROPHAGIE
(DE L'EXPULSION D'ADAM)

Dernier jour où l'on mange des laitages, avant le saint Carême.
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Lecture à l'Orthros (Matines) : Luc 24 :  1-12.

Lectures à la Divine Liturgie : 
Épître :  Romains 13: 11-14 : 4.      
Évangile : Matthieu 6 : 14-21.

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Sermon de saint jean de Kronstadt

Ce dimanche est appelé communément le Dimanche du Pardon, car ce jour là nous lisons l'Évangile nous recommandant de pardonner les péchés commis envers nos par nos amis et nos proches, afin que le Père céleste nous pardonne à nous aussi nos innombrables péchés.

C'est pourquoi a été introduit depuis les temps anciens le pieux usage pratiqué en ce jour, et d'ailleurs également toute la semaine qui précède, de demander pardon les uns aux autres pour les péchés commis envers l'autre. C'est une très bonne coutume, authentiquement chrétienne, car qui d'entre-nous n'a pas péché contre son prochain, par les paroles, l'action ou les pensées ?
Demander pardon à l'autre prouve notre foi dans l'Évangile, notre humilité, l'absence de haine, l'amour de la paix.
Au contraire ne pas vouloir demander pardon à ceux devant lesquels nous sommes réellement en tort, démontre le peu de foi, l'orgueil, la présomption, la haine tenace, l'insoumission à l'Évangile, l'opposition à Dieu, et l'entente avec le diable.
Or nous sommes tous enfants de Dieu par la grâce, les membres de l'Église, Qui est Son Corps, et Ses membres.
Dieu est amour (Jean IV, 8;2). Il attend de nous plus tout autre sacrifice l'amour mutuel, l'amour "qui est longanime, miséricordieux, qui n'envie pas, qui ne s'enfle pas, ne s'enorgueillit pas, qui n'est pas indécent, qui ne cherche pas son intérêt, qui ne s'irrite pas, ne pense pas en mal, ne se réjouit pas du manque de vérité, mais il met sa joie dans la vérité. Il couvre tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout, et ne s'arrête jamais" (1 Cor. XIII, 4-8).
Toute la Loi divine est contenue dans les deux paroles : AIME DIEU ET LE PROCHAIN.
MAIS LE COEUR DE L'HOMME EST PLEIN D'AMOUR-PROPRE, il est impatient, capricieux, haineux et rancunier.
Le Seigneur dit à propos du coeur de l'homme : "c'est du dedans, du coeur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides, les larcins, l'avarice, les méchancetés, la fraude, les impudicités, l'oeil envieux, le blasphème, l'orgueil, la folie" (Marc VII, 21-22).
Mais contre un mal aussi grand, il faut de grands moyens : à la grande haine de l'homme s'oppose l'immense bonté et la toute-puissante grâce de Dieu; avec Son aide il est possible de vaincre le mal qui est en nous et chez les autres, en devenant doux, sans haine aucune, conciliant, patient et longanime.
Pour le pardon des péchés accordé à nos proches, il nous est promis le pardon du Père Céleste, la mansuétude du Jugement Dernier, la félicité éternelle : "les miséricordieux obtiendront eux-mêmes la miséricorde" (Matthieu V, 8).
Alors que ceux qui entretiennent une haine intransigeante, ceux-là mêmes endureront le juste jugement et les souffrances éternelles.
Monastère de la Laure des Grottes de Kiev

Écoutez ce récit où l'on voit que Dieu punit même ici-bas les gens haineux et irréconciliables.
Il y avait dans la Laure des Grottes de Kiev, deux moines, le prêtre Tite et le diacre Evagre. Ayant vécu plusieurs années en paix et dans l'amitié, ils se querellèrent pour quelque raison et furent envahis de haine l'un envers l'autre; cette haine réciproque se prolongeait, et sans avoir fait la paix entre eux, ils avaient l'audace d'offrir le sacrifice non sanglant à Dieu. 
Les autres Frères leur conseillaient de déposer la haine et de vivre à nouveau dans la paix et la concorde, mais en vain.

Puis le prêtre Tite tomba gravement malade. Et il commença à pleurer sur ses péchés et envoya demander pardon à son ennemi; mais Evagre ne voulait rien entendre et se mit à le maudire cruellement. Les Frères , émus par cet égarement, l'amenèrent de force devant le mourant. En voyant son ennemi, Tite se leva de sa couche avec l'aide des Frères et tombant devant lui, en lui demandant de la pardonner; mais Evagre était si cruel, qu'il s'en détourna et s'écria: je ne ferai pas la paix avec lui, ni dans cette vie ni dans la vie future !
Alors Evagre se libéra des mains des Frères et tomba à terre. Les Frères voulaient le relever, mais virent qu'il était mort et froid comme si il était décédé depuis longtemps. Leur étonnement devint encore plus grand quand ils virent que le prêtre Tite se leva, en bonne santé, comme s'il n'avait jamais été malade.
Plein d'effroi ils entourèrent Tite et lui demandèrent: que signifie cela? Il leur répondit : étant très malade, et demeurant encore en colère contre mon frère, je vis que les Anges, qui s'étaient éloignés de moi, pleuraient la perte de mon âme, pendant que les esprits impurs se réjouissaient. 
Voilà pourquoi je tenais tellement à faire la paix avec mon frère. Et quand on l'avait amené ici, et que je me suis prosterné devant lui, et lui me maudissait, j'au vu un Ange sévère le terrasser avec une lance de feu, et le malheureux s'est effondré, mort.
Le même Ange me tendit la main, et me leva de ma couche.

Frères et soeurs ! La rancune est un vice terrible. Autant est-il abominable devant Dieu, que funeste dans la société. Nous sommes créés selon l'image et ressemblance de Dieu : la douceur et l'absence de toute haine doivent être nos propriétés inchangées.
Car Dieu se comporte à l'égard de nous avec Sa douceur : Il est longanime et Il nous pardonne sans compter. Et nous aussi, nous devons pardonner. Quant au rancunier, il n'a pas en lui l'image et ressemblance de Dieu : il est davantage un animal qu'homme.
Amin.
(Sermons Orthodoxes. l'Age d'Homme.)