jeudi 17 mai 2012

LE MOINE - LA STABILITÉ - L'OBÉISSANCE.

(D'après des textes de l'Archimandrite Sophrony. Starets Silouane. Du Manuel du moine orthodoxe. De la revue PAIX de la Dalmerie. De l'Evangile et des écrits des Pères)

LA STABILITÉ - L'OBÉISSANCE.

Nous le savons, dans le monachisme orthodoxe il n'existe pas "d'ordres ou de familles religieuses" tels qu'il en existe au sein de l'Église de Rome (Dominicains, bénédictins etc.)

En effet, dans notre Église, chaque Communauté monastique à sa propre identité, son visage qui est unique, des aspects que les circonstances du temps et les lieux ont façonnés dans l'inspiration du Saint Esprit.

Tous les moines et moniales ont les mêmes engagements monastiques : Pauvreté - chasteté - obéissance.

L'engagement monastique qui résume pleinement tous les autres c'est l'Obéissance. Il suffit pour comprendre cela de reprendre les paroles des engagements monastiques et du dialogue entre l'higoumène et le moine :
- Obéissance : l'higoumène : " Resteras-tu dans cette Communauté ou celle qui te sera désigné en vertu de la sainte obéissance, jusqu'à ton dernier souffle ?"

Le moine répond : "Oui avec l'aide de Dieu."

L'higoumène rappelle : "Tu le sais, Frère, notre Sauveur Lui-même est ici présent avec la Mère de Dieu, avec Ses Anges et tous nos Pères Saints, et Il écoute ces paroles que tu prononces."

L'higoumène continue : "Observeras-tu jusqu'à la mort l'Obéissance au Supérieur et à toute la Fraternité des Frères dans le Christ ? "

Le moine répond : " Oui père, avec l'aide de Dieu !"

L'higoumène : "Resteras-tu jusqu'à la mort, volontairement et sans discuter, pour l'amour du Christ dans la pauvreté de la vie communautaire et ce par obéissance et non selon ton bon plaisir ?"

Le moine : "Oui, Père, avec l'aide de Dieu."

L'higoumène : "Accepteras-tu toutes les coutumes de la vie monastique, ainsi que les Règles qui te sont présentées par le Supérieur ?"

Le moine : "Oui, Père avec l'aide de Dieu."
LES VÊTEMENTS QUE RECOIT LE MOINE  LORS DE SES ENGAGEMENTS MONASTIQUES


Comme nous venons de le voir, le moine s'engage librement et en toute conscience. L'higoumène, selon la tradition, lui rappelle ses engagements (engagements et promesses devant le Christ et devant les Anges qui enregistrent cette profession)

"Rejette l'arrogance, fais preuve d'obéissance envers tous. Accomplis sans murmure les tâches que tu dois accomplir. Ne te décourage pas dans les épreuves et l'adversité. Garde-toi du mauvais, car l'Ennemi ne cessera de t'inspirer le souvenir de ta vie passée et le dégoût de ce que tu vis aujourd'hui. 
Car le Seigneur dit : "Si quelqu'un veut venir à ma suite qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et me suive."
Tu auras a souffrir l'opprobre, les vexations, les contradictions et l'affliction. Alors réjouis-toi car ta récompense sera grande dans les cieux.  "

La fidélité à ses engagements et l'obéissance restent les deux valeurs profondes de la vie donnée totalement au Christ.
La volonté propre chasse la volonté de Dieu et empêche l'action de la grâce divine.

Celui qui croit qu'il sera mieux ailleurs, qu'il pourra être plus utile ailleurs que là où il a fait ses engagements monastiques se trompe. Car ailleurs il peut être sûr de trouver encore plus de déception que là où il doit être, c'est à dire sa Communauté où il est "né" comme moine.

Chacun à ses propres rêves, ses propres souffrances, sa propre vie, sa famille, ses fautes et ses erreurs : le moine doit accepter ce qui lui semble injuste comme une bénédiction. Il recevra alors la juste bénédiction.

Le moine qui à fait ses engagements monastiques n'a pas à envisager un avenir autre que celui d'être FIDÈLE à ceux-ci, à l'Église, à sa Communauté. S'il ne peut accepter et vivre cela, alors il ment à Dieu, à ses Frères et à lui-même.

Saint SILOUANE nous dit qu'un moine désobéissant ne saura jamais ce qu'est réellement la prière pure. 
Celui qui est orgueilleux et qui ne pense qu'à accomplir sa propre volonté, qui estime qu'il a raison, que lui il sait et que les autres se trompent   et qui n'accepte ni la contradiction, ni refus; celui-là est DÉSOBÉISSANT, il offense ses Frères, ses Anciens et en leurs personnes il offense Dieu.

Ce moine là doit ce rappeler que même dans le monde où nous vivons et travaillons, les gens obéissent : à leurs parents, à leurs aînés, à leurs patrons et aux autorités.

Certains moines ne trouvent pas la paix, et ils en donnent comme raisons que leur obédience ne leur convient pas, que leur rythme de vie n'est pas à leur convenance, qu'ils avaient envisagé autre chose pour eux, que leur higoumène a un caractère difficile, qu'il se contredit, que telle proposition qu'il leur a été faite n'a pas été tenue, etc.
Ils ne comprennent pas ces moines, que ce n'est pas leur higoumène, leur rythme de vie, leur cellule qui sont en cause, ni leur obédience dans la Communauté, mais que leur âme est malade, qu'ils souffrent d'une maladie spirituelle. Ainsi, rien ne peut satisfaire leur orgueil, leur illusion d'être eux dans le juste raisonnement et d'être des incompris, que eux ont raison et sont dans la vérité - leur fausse vérité, y compris spirituelle - ceci étant soufflé par l'esprit impur, le Malin, en vue de détruire ces moines.

Celui qui accuse ses Frères de ne pas  le comprendre, ne comprend pas que son âme est malade et que ce ne sont pas les reproches qui sont la vraie cause de sa souffrance.

Le moine qui aime accomplir sa propre volonté, sa "propre destinée" ou son propre "bien-être" n'est pas sage du tout.

Seul le moine qui accomplit humblement sa tâche quotidienne là où Dieu la placé, avec la simplicité véritable, dans le véritable esprit de l'obéissance (même s'il oeuvre dans le monde par obligation), celui-là fait de véritables progrès spirituels.

Celui qui n'est plus dans l'obéissance monastique, celui-là s'éloigne de la Lumière du Thabor.
 La Communauté monastique de Nîmes et les Acolytes - 2012.

L'Obéissance, même dans une petite Communauté monastique, même si les moines doivent subvenir à leurs besoins par un travail extérieur, même dans une Communauté de vie Idorythmique, est la BASE du monachisme.

L'Obéissance élève l'homme jusqu'à un monde que l'on ne peut décrire. L'obéissance est un mystère révélé par l'Esprit Saint.
L'Obéissance est un don indescriptible de Dieu.

Saint Jean Climaque dit : "Mère de la pureté est l'hésychia avec l'obéissance..."
l'Obéissance monastique est la vraie liberté.
Le Malin, l'ennemi du genre humain présente cette vertu comme étant un poison impossible à vivre. Il présente cela comme un acte d'esclavage, comme un inutile supplice.

Les Pères disent : "S'il t'arrive de trouver des contradictions, des incohérences chez ton Supérieur, accepte avec humilité. Confie-lui ce qui te préoccupe. Et si cela recommence, accepte de nouveau dans l'humilité, et prie Dieu pour qu'Il te fortifie."

Les moines qui ne ressentent pas l'Obéissance comme une grâce et une sainte vertu, et qui agissent ou veulent agir selon leurs bons désirs, ceux-là seront mortellement blessés par l'Ennemi, ils deviendront ses prisonniers, parce que la liberté selon notre volonté propre et selon le monde conduit à l'esclavage spirituel.

Le plus grande réussite du Démon, c'est comment faire pour porter atteinte à la raison du moine ; de telle sorte qu'ensuite le moine finisse par s'écrouler de lui-même, comme s'écroule une coupole lorsque l'on retire une seule brique, et il accuse l'un ou l'autre d'être responsable de ce désastre, demandant alors à courir vers d'autres higoumènes plus compréhensifs.

Les moines qui croient être personnellement dans la justesse parce qu'ils jeûnes, parce qu'ils disent tous les offices scrupuleusement, parce qu'ils estiment avoir une vie plus justes que les autres Frères ou que leurs higoumènes (supérieurs monastiques), ça n'a pas de sens, c'est une méthode très risible dont use à leurs endroits le Mauvais.
Ces moines là, fuyant la prudence et la sagesse de l'obéissance, sont comme de jeunes poulains tirant sur la corde jusqu'à ce qu'ils s'étranglent ou arrachent la corde, ils courent ensuite dans tous les sens puis finissent pas  s'écrouler.

C'est pourquoi, dit saint Basile le Grand, l'obéissance constitue le chapitre central de la société monastique. (St. Basile le Grand. Règles ascétiques chap. 14).

La Règle d'Obéissance dans  un monastère ou la plus petite Communauté monastique si modeste soit-elle, est la garantie de la STABILITÉ, et de l'ÉQUILIBRE.  Elle évite de s'égarer. L'Ecclésiaste ne dit-elle pas : "Il vaut mieux être deux qu'un ; car l'un est vaincu plus facilement par l'Ennemi qui veilles sur les voies divines."
Saint Grégoire de Nysse écrit : "Malheur à celui qui est un, lorsqu'il chute, il n'y a personne pour le relever." (Chp. 22 de l'obéissance)

 Moines - Nîmes

"Si tu es moine, ne suis pas une voie personnelle de complaisance, mais soumet ton point de vue à ceux qui sont les Frères, là tu apprendras plus facilement..."

Par l'obéissance on acquiert le Saint Esprit
Si un Frère t'offense et que tu acceptes une pensée de colère contre lui, ou si tu le juges parce qu'il n'abonde pas dans ton sens, ou si tu te prends de rancoeur envers lui, tu sentiras très vite par ta colère que la grâce t'a quitté et que la paix a disparu de ton coeur.

Cette paix dans l'âme naît de l'humilité, du pardon et de la prière.

Il est absolument nécessaire qu'acquérir l'obéissance, l'humilité et l'amour, sinon nos efforts et nos prières sont en pure perte.

De nombreux moines arrivent l'âme vaillante et ardente, mais  à la moindre contrariété, à la moindre contradiction ils perdent leur ardeur première car ils n'obtiennent pas ce qu'ils croient être juste pour eux. D'autres malgré les épreuves et les contrariétés diverses gardent l'ardeur et le zèle monastique jusqu'à la fin.

Pour garder ce zèle, il faut se souvenir sans cesse du Seigneur. Le Seigneur lors de Sa sainte Passion, face à la souffrance a dit "Père, que ce calice s'éloigne de moi, mais non pas ce que je veux, non pas ma volonté, mais la Tienne." (Matthieu 26, 36-39).

De même le moine doit savoir dire, lorsqu'il n'obtient pas ce qui lui semble juste : "non pas ma volonté..." Le Seigneur permet les épreuves, non pas pour affaiblir, mais pour grandir l'âme du moine.

Tous les moines doivent se souvenir qu'ils mènent un combat spirituel. Ce combat se mène face à un ennemi redoutable et sans aucune pitié. Cet ennemi utilise toutes les ruses possibles en utilisant tous nos travers, notre affectif, nos moindres sentiments, nos rêves et nos désirs les plus intimes : notre orgueil, notre vanité, nos envies cachées, notre égoïsme... mais encore la flatterie, les sentiments les plus doux, le regard que portent les autres sur nous-même... toutes choses pouvant nous détruire.

Le moine surmontant son égoïsme, en restant dans la sainte obéissance, et donc dans la fidélité, reçoit en échange la véritable liberté. Ainsi l'expérience de l'obéissance devient expérience de l'authentique liberté de Dieu en ce sens que l'homme surmonte en lui la scission profonde des volontés en nous, conséquence de la chute primordiale, alors qu'en Dieu, il n'y a qu'une seule volonté.

C'est pourquoi l'engagement d'obéissance, en tant qu'acte religieux, ne pourra s'exercer que librement, pour que l'homme quitte le cercle de sa volonté ÉGOCENTRIQUE et s'éloigne de la faiblesse de sa propre pensée.

L'obéissance se base essentiellement sur la recherche de la volonté divine. Le moine, conscient réellement de son insuffisance à discerner directement la volonté, s'en remet par cet engagement à son higoumène ou son Ancien et à la Communauté des Frères.

L'higoumène ou l'Ancien ne tue pas la volonté du moine et ne le soumet pas à son bon vouloir, mais il porte le lourd fardeau d'un service sacré, par lequel il participe à un acte divin, la création de l'homme ; toute nécessité de prendre des mesures disciplinaires ne peut que conduire la vie monastique à la décadence et à l'éloignement de son véritable but.

Le moine qui obéit librement entre dans la voie idéale du retour à Dieu, un retour total de l'homme libéré par la grâce lumineuse de l'Esprit Consolateur.

La voie monastique, aussi simple soit-elle est une vie de MÉTANOÏA : "je m'élance vers Toi Seigneur ! "

La vie monastique, quelle que soit sa forme, le nombre des moines dans la Communauté, quel que soit le lieu, est un élan, une tension extrême et ne connaît pas d'arrêt. Pour le moine Dieu est la seule vérité dont il ne peut se lasser. Sa paix, son bonheur n'existe réellement qu'en Dieu.

Le moine ne doit jamais s'arrêter sur sa perfection intérieure : "L'on ne peut tenir un homme pour un saint tant qu'il n'a pas rendu toute pure la terre de son corps."

Le moine ne recherche que l'unique nécessaire : Dieu seul. C'est pourquoi le monde jugera la vie de ce moine comme une non nécessité, un échec et privée de toutes valeurs.

Pourtant, si le moine se conforme à ses engagements et quels que soient ses déceptions, il garde la stabilité et l'obéissance, il est alors dans la DOXOLOGIE angélique.

le moine ne s'arrête pas de louer Dieu dans la joie, dans les épreuves, dans la déception et la contrariété. La joie du moine c'est Dieu. Dans ce sens, la vie monastique, sous toutes ses variétés et ses formes, renouvelle l'esprit et augmente la connaissance.

Voir le monde avec les yeux du Christ, réaliser pleinement l'union du mystère du Christ dans l'Eucharistie et du mystère du Christ dans le pauvre, voilà l'oeuvre authentique de tout moine.

Dés ici bas la vie du moine est un avant goût de la vie futur par son don total.

le moine meurt à lui-même en offrant la totalité de lui-même au Christ : "Viens et suis-Moi !"  
"Que dois-je faire pour te suivre?"
Le Christ : "Renonce à toi-même. Vends tout ce que tu as !"

Cela implique un abandon total. Être là où Dieu place le moine, Là où il s'engage (sa Communauté) le moine accepte chaque jour, à chaque instant d'obéir humblement, que sa volonté, ses désirs ne soient pas forcément réalisés.
C'est une réelle Métanoïa et non pas uniquement un mot. 

Le moine meurt à lui-même pour renaître dans le Christ.

La vie du moine est un face à face : avec Dieu, avec ses Frères, avec lui-même.

"Porte ta croix, vient, car mon joug est suave et mon fardeau léger"

Le moine vit sur la terre au milieu ses séductions et des tentations de tous genres, mais il ne craint rien, car son âme s'est affermie en Dieu et L'aime. Tout son désir, c'est de savoir comment devenir réellement humble, car le Seigneur Christ aime l'âme humble.

En rentrant dans une Communauté monastique, si tu aimes le Seigneur serait-ce un peu seulement, et si tu penses que c'est LUI qui guide tes supérieurs, la grâce divine demeure en toi, et le Seigneur Christ te donnera la paix ; ton âme poursuivra le bien chaque jour et à chaque heure.

Puisque tu es entré dans la Communauté des moines, sois courageux et que ton âme ne se trouble pas. S'il t'arrive d'être troublé ou scandalisé, alors soit semblable aux "FOLS en CHRIST" qui prient pour ceux qui provoque les tentations ; pour cet amour, le Seigneur leur donne la grâce du SAINT ESPRIT.
(Saint Silouane de l'Athos)