lundi 24 décembre 2012


C’est un cauchemar qui se déroule à travers toute la Syrie, dans les maisons d’Al-Heffa, de Homs et les rues de Houla. Et nous savons tous comment l’histoire se termine : des milliers de soldats et de civils tués, des villes et des familles détruites. C’est l’histoire de la guerre syrienne. Mais les médias ne sont pas très curieux lorsqu’il s’agit du mouvement d’opposition syrienne. Examinons donc les origines de l’Armée Syrienne Libre.
  • Le début de la révolution. C’est à la sortie des mosquées, à l’appel des oulémas, qu’ont eu lieu les premières manifestations pacifiques. Aujourd’hui, c’est en criant « Allah Akbar » que les soldats de l’ASL combattent l’armée régulière. « On mobilise au nom de l’islam, pas de la démocratie », souligne Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie. Des populations majoritairement pieuses, qui pourraient accueillir favorablement le discours islamiste appelant à revenir aux valeurs de l’islam pour redresser le pays. « Quarante ans de dictature ont anéanti le niveau de culture politique et économique de la population syrienne », affirme le spécialiste.
  • La rébellion syrienne est-elle vraiment syrienne ? La semaine dernière, deux photographes, un Néerlandais et un Britannique, ont été libérés par des rebelles qui les détenaient dans un camp d’entraînement du Nord de la Syrie. Les rebelles étaient tout au plus une centaine, et se sont révélés être des combattants étrangers. Jeroen Oerlemans, le photographe néerlandais, a témoigné en ces termes au New York Times :« Il n’y avait que des djihadistes venus d’ailleurs, je ne pense pas qu’il y avait un seul Syrien parmi eux. […] Toute la journée ils nous parlaient du Coran, de la façon dont ils allaient imposer la Charia en Syrie. Ils ne faisaient pas partie d’Al-Qaida à mon avis, ils avaient trop l’air d’amateurs. Mais ils nous ont dit : On ne fait pas partie d’Al-Qaida. Mais Al-Qaida est en route. »
  • D’ou viennent les renforts rebelles ? Un flux de combattants venus du Koweït, du Qatar, de Libye, d’Arabie saoudite, ainsi que de musulmans originaires de Grande-Bretagne, de Belgique ou des États-Unis, ont rejoint ces derniers mois les rangs de l’Armée syrienne libre, selon plusieurs commandants rebelles. Ils ont gagné par centaines, pour la plupart, la province de Hama, où quelques jihadistes ayant combattu en Afghanistan leur enseignent les bases du maniement des fusils d’assaut et de la guérilla. ils sont candidats au « jihad » (guerre sainte) et font partie de ces militants islamistes dont le nombre ne fait que grossir.
  • Depuis le printemps les rebelles exterminent toutes les minorités. Dès le 1er avril, Mère Agnès-Mariam de la Croix, du Monastère de Jacob (« Deir Mar Yakub ») qui se trouve au sud d’Homs dans la localité de Qara, décrivait dans une longue lettre ouverte le climat de violence et de peur dans la région. Elle arrive à la conclusion, que les rebelles sunnites ont mis en oeuvre une liquidation graduelle de toutes les minorités, elle décrit l’expulsion des chrétiens et des alaouites de leurs maisons par les rebelles, et le viol de jeunes filles qui sont remises aux mains des rebelles comme des « butins de guerre ». Elle a été témoin oculaire, lorsque des rebelles dans la rue Wadi Sajjeh, suite au refus d’un commerçant de fermer son magasin, le tuèrent dans un attentat à la voiture piégée, puis lorsque devant une caméra d’Al Jazeera ils déclarèrent que c’était le Régime qui avait commis cet acte. Enfin, elle décrit comment des rebelles sunnites bloquèrent dans le quartier de Khalidijah à Homs des otages alaouites et chrétiens dans une maison et comment ils la firent sauter, pour expliquer ensuite que c’était un crime atroce du régime.
  • Les rebelles syriens, des combattants islamistes et anti-chrétiens? « Nous avons vu ce qui est arrivé aux chrétiens en Irak. » confie Abou George, un chrétien du quartier d’Aziza, à Alep. « Ce qui se passe à Alep, ce n’est pas une révolution populaire pour la démocratie et la liberté. Les combattants de la soi-disant Armée Syrienne Libre ne sont rien d’autre que des sunnites radicaux qui veulent un Etat islamique. »  
  • Aujourd’hui, en Syrie, le jeu ressemble étrangement à la situation libanaise de 1975 explique Bassam El-Hachem, professeur d’université à Beyrouth, mais avec une différence importante : en Syrie, le régime s’est maintenu, alors qu’au Liban à l’époque, l’armée avait été neutralisée dès le départ, entraînant une marginalisation de l’Etat qui, à son tour, a laissé les différentes factions dans un face à face conflictuel. Que les puissances occidentales veuillent le reconnaître ou non, il y a d’un côté un Etat, un régime, des autorités légitimes, une armée régulière, des services de sécurité réguliers, soutenus par la majorité de la population syrienne, toutes communautés confondues, alaouites, chrétiens, druzes et, par-dessus tout, une bonne partie des sunnites.
A partir de là se pose une question : pourquoi à ce jour l’opinion mondiale suit-elle une autre version et soutient-elle la rébellion ? la réponse amène à une problématique : le rôle des médias dans le traitement de l’information.
Via lorientlejour.com, legrandsoir.com, jolpress.com et LeMonde