mardi 19 mars 2013

MÉDITATION



ÊTRE MOINE, SIMPLEMENT!
OFFICES MONASTIQUES À NÎMES
Lorsque l’on rentre dans la vie monastique, la tradition parle de conversion.
Cela nous ramène à l’Évangile. Dans le Nouveau Testament, la conversion est la première exigence qui nous est proposée.
« Convertissez-vous, le Royaume de Dieu est là, il est proche. » (Matthieu 4, 17)
En grec conversion  se dit : METANOÏA. Cela consiste en un retournement complet du sens donné à notre vie.
C’est aussi le sens du temps du Grand et Saint Carême.
L’Évangile nous rappelle que toute action humaine, toute vie humaine qui n’a de sens que par apport au monde périra avec lui.
 Évangile, Fraternité monastique de Nîmes.
Réalisé à la Communauté, cuir, Icônes peintes selon la tradition par un moine de la Fraternité.
La conversion implique le renoncement au péché. 
Mais il est logique d’aller plus loin, si le Seigneur nous le propose, s’Il y appelle.
Lorsque l’homme découvre un bien de grande valeur qui mérite toute son énergie, monopolise sa volonté, il renonce alors à toutes sortes d’autres choses pour acquérir ce bien qui lui semble bien plus grand. C’est le cas de l’amour.
C’est le sens de la démarche par laquelle un moine renonce, logiquement, à toute possession et au mariage.
Ce sont des gestes qui proclament la transcendance absolue du Royaume et la puissance victorieuse de l’amour du Christ.
On parle des TROIS grands renoncements du moine : 
*-la pauvreté
*-la chasteté avec le célibat consacré, 
*-l’obéissance qui est la première vertu du moine.
 Nos Frères de Nîmes, après leurs engagements monastiques en Grèce, avec notre Père le métropolite Angélos.
Ce sont là les trois aspects particulièrement significatifs de la vie consacrée.
Mais il est important de ne pas les isoler de l’ensemble des renoncements et des observances qui font de cette vie offerte un chemin vers la perfection chrétienne : le moine accepte une ascèse corporelle, et s’il vit en Communauté, il est seul, il observe de longs temps de silence et la prière.
L’engagement monastique est un  « mystère », un sacrement auquel est liée une grâce de mise en œuvre du don baptismal.
Par le célibat consacré, ce que certains nomment le vœu de chasteté, le moine renonce aux liens du mariage pour le Royaume de Dieu et s’oblige à garder la vertu de chasteté telle qu’elle doit être vécue dans le célibat.
Ce renoncement, (trop souvent mal compris et parfois mal ressenti par certaines personnes en mal de critiques à ce sujet) n’est pas motivé par une mésestime des réalités corporelles, ni par une répugnance malsaine à leur endroit, ni par une incapacité du cœur à s’ouvrir à un amour humain légitime.
Au contraire, un tel renoncement n’a de prix devant Dieu et n’est psychologiquement sain que s’il s’enracine dans un plus grand amour.
C’est pour exprimer avec tout son être sa consécration à l’amour du Seigneur Christ, c’est afin de vivre cette consécration dans un comportement symbolique, au sens le plus fort de ce mot, que le moine renonce à l’état du mariage et à la paternité selon la chair.
Le célibat consacré - monastique - ne prend donc son sens qu’en fonction d’une intimité personnelle plus consciente et plus constante avec le Christ.
 Une plus grande disponibilité pour le « service du prochain » (selon certains) ne semble guère pouvoir, à elle seule, soutenir efficacement et motiver le propos de célibat.
Seule l’expérience d’intimité personnelle et profonde avec Dieu peut suppléer à l’expérience affective du chrétien marié.
Sans cette vie intérieure profonde, la chasteté du moine ou du prêtre célibataire conduira à un rétrécissement et dessèchement du cœur.
Pour éviter les pièges liés à la chasteté, les armes efficaces sont : la prière, l’humilité et l’obéissance monastique.
L’humilité et l’obéissance
L’humilité est l’attitude fondamentale du chrétien.
Tout s’y ramène, et elle supplée à tout car «Toutes les œuvres vertueuses ne sont point vertueuses sans l’humilité… »
 Mère Mariam, monastère Théogenitoros,  notre Saint Synode, Avlonos Grèce.
Dans l’humilité réelle et non feinte, dans l’humilité sincère, vécue, même sans les bonnes œuvres, se trouve toute la vertu.
L’humilité est le SEL de toute l’œuvre de vie ; sans elle, comme sans le sel, tout devient insipide et fade.
 Quiconque veut vivre l’Évangile doit prendre conscience de sa radicale pauvreté. Il doit admettre qu’il ne peut se glorifier de rien. Il doit renoncer à imposer ses propres idées, ses désirs, et se reconnaître comme le dernier.
 Proclamer cela par la bouche, comme nous le faisons tous plus ou moins est une chose, encore faut-il l’incarner dans un comportement qui symbolise cette humilité.
 Les FOLS en CHRIST l’ont fait et le font encore.
Ces Fols en Christ, pour éviter de montrer ce qu’ils vivent et ce qu’ils sont réellement, rejettent l’aspect extérieur de leur dignité qui inspire le respect, et préfèrent une voie qui incite à la raillerie, au mépris, à l’incompréhension et à l’opprobre.
Le Fol en Christ (ou fou en Christ) ne recherche nullement le respect de quiconque et ne cherche pas à laisser un bon souvenir de lui-même.
 Un fol en Christ en Russie.
Le Fou en Christ, représente une valeur évangélique aujourd’hui comme hier, sous sa forme toujours difficile à comprendre, et en particulier pour le monde occidental.
 C’est dans l’obéissance que les Saints Pères voient l’expression la plus adéquate de l’humilité, et la voie la plus sûre pour y progresser.
L’obéissance est la forme de « FOLIE en CHRIST » propre au commun des moines.
Elle fait vraiment de la vie monastique un état d’humilité.
 Par son engagement totalement libre, le moine renonce à s’affirmer et à disposer librement de lui-même en des domaines où l’homme pourrait le faire légitimement.
Le moine renonce à se conduire selon ses propres façons de voir et à suivre sa volonté propre mais à sa volonté extérieure ; il accepte de remettre en question son propre jugement pour se ranger, par humble et véritable amour, à l’opinion d’autrui, pourvu que les valeurs intangibles de la foi et de la morale ne soient pas en cause.
« L’obéissance naît de l’humilité, comme le dit le bienheureux Apôtre au sujet du Seigneur Christ : Il s’humilia jusqu’à la mort. » (Ph. 2, 8)
 La désobéissance d’Adam a introduit la mort et le péché dans le genre humain. 
La véritable obéissance prépare, pour celui qui la possède, toutes « les douceurs et les délices spirituelles. » (Philoxène de Mabboug, lettre à un higoumène, dans l’Orient syrien.)
 L’obéissance monastique n’est pas uniquement une vertu sociale destinée au bien commun par la soumission de tous à l’autorité légitime de l’higoumène. Elle a aussi un aspect pédagogique.
 Puisque tout, dans la vie du moine, quel que soit le type de Communauté monastique, est organisé en vue de l’acquisition de la perfection de la charité, il est normal que, même dans les détails de la vie quotidienne, le disciple se démette de son jugement propre et se range avec docilité aux prescriptions du supérieur, qui tient la place du Christ auprès des Frères de la Communauté.
 Si l’obéissance se limitait uniquement à un rôle pédagogique, le moine pourrait s’en libérer à mesure qu’il accède à une certaine maturité spirituelle et qu’il devient apte à se conduire selon les lumières intérieures reçues de l’Esprit Saint.
 Mais, parce que l’Obéissance est le signe efficace d’une parfaite humilité intérieure et d’oubli de soi, à l’imitation du Seigneur Christ, nos Pères ont jugé, non seulement de faire de l’Obéissance la pierre angulaire de la formation de tous les novices, mais encore de maintenir le moine, sa vie durant, dans la soumission, non seulement à l’égard des supérieurs, mais même de ses Frères.
 Ce caractère universel de l’Obéissance revêt une grande importance et en garantit l’authenticité et la valeur évangélique.
 Nous pouvons lire dans les Règles monastiques ceci : « Que les Frères s’obéissent mutuellement » (Règle ch. 71)
« N’estime pas humiliant un ordre venant d’un Frère inférieur (…) sois soumis à ton Frère qui est inférieur à toi, parce que tu dois voir le Christ en lui. » (Philoxène de Mabboug. Lettre à ses disciples. 15. Orient Syrien).
 Obéir au Supérieur et non à un Frère prouverait que le motif de l’obéissance est la crainte de l’autorité plutôt que l’humilité du cœur.
 L’Obéissance monastique, VERTU PREMIÈRE du moine, en quelque lieu que ce soit, n’a rien d’infantile ; elle ne procède ni d’une démission, ni d’un manque de caractère, ni du désir de plaire aux hommes. Elle s’allie à la plus haute liberté spirituelle.
 Le renoncement à la libre disposition de soi-même témoigne de la préférence absolue que l’on donne à la liberté intérieure d’une âme, en toutes choses, à la volonté divine, sur tout autre forme de liberté simplement humaine.
 Le moine véritablement obéissant saura avoir une pensée personnelle et il l’exprimera en toute franchise, si c’est nécessaire, sans craindre de déplaire, mais il ne sera pas attaché à ses propres idées et ne cherchera pas à les imposer par des procédés de pression psychologique. 
Le moine saura y renoncer simplement, si l’autorité en décide ainsi, en évitant absolument le murmure, la critique négative et la contestation systématique, qui ne sont que des caricatures de la vraie maturité humaine et de la liberté spirituelle.
 Si le moine pense que ce qui est prescrit par l’higoumène ou supérieur constitue une faute morale, il doit refuser d’obéir.
Ce cas exceptionnel mis à part, rien n’autorise la désobéissance et la contestation.
 Les Supérieurs ou higoumènes, doivent s’entourer de conseils, car ils sont responsables devant Dieu de la vie spirituelle des Frères.
 L’habit monastique.
Les moines ont adopté dès le début de leur institution, un vêtement qui les distinguent de séculiers et les clercs.
C’est d’abord par la simplicité et la pauvreté que l’habit du moine doit être signe de la vie de renoncement de celui qui le porte.
On y voit à la fois un « vêtement angélique » évoquant les six ailes des Séraphins de la vision d’Isaïe, et une image de la Croix que le moine doit porter constamment en son corps et en son cœur.
 Le port de l’habit monastique est un signe qui peut aider très efficacement le moine à réaliser plus profondément sa condition de « séparé », de citoyen d’une autre cité que celle d’ici-bas.
 Le geste par lequel l’Higoumène (supérieur ou Abbé) revêt de l’habit le nouveau moine au jour de ses engagements monastiques, est le signe de la transmission d’une grâce spirituelle héritée de tous les Pères de jadis. Le moine doit s’en souvenir.
 La stabilité dans la Communauté.
Les Pères insistent sur la nécessité, pour le moine, de ne pas changer facilement de lieu.
 La stabilité dans une même Communauté fraternelle est une garantie de persévérance et de continuité.
 En refusant cette stabilité le moine peut craindre un adversaire redoutable, l’acédie, la lassitude devant l’effort spirituel.
Le malin agit subtilement en faisant prendre en dégoût le lieu où l’on se trouve et suggère mille prétextes et subterfuges pour en changer.
 En face de pareilles tentations, le moine doit s’astreindre avec courage à persévérer là où il se trouve, même s’il lui semble qu’il n’en recueille aucun profit.
 Par ses engagements le moine contracte avec sa Communauté une union dont l’Esprit Saint est le lien et qui est un signe de l’unité du Corps mystique. En vertu de cette signification, elle est de soi INDISSOLUBLE.
 La stabilité s’oppose à tout départ motivé par la volonté propre, l’inconstance, le manque de générosité dans le support des épreuves de la vie fraternelle, mais elle n’interdit pas des changements vers le passage à une vie plus stricte, plus austère et ascétique.
 Nous lisons dans les Institutions de saint Jean Cassien :
IX – De la subordination à l’égard du supérieur.
7- Qu’on obéisse au supérieur comme à un père, en l’honorant comme il doit l’être, pour ne pas offenser Dieu en sa personne ; et bien plus encore au prêtre qui a la charge de vous tous.
 C’est au supérieur qu’il appartient de veiller à toute ces prescriptions, sans laisser passer par négligence les manquements, mais avec les redressements et les corrections nécessaires.
 Offices à Nîmes.
 Que le supérieur ne mette pas son bonheur dans le pouvoir qu’il exerce, mais dans la charité qui le met au service des moines.
 Qu’il réprimande les agités, qu’il console les âmes débiles, qu’il prenne en main les faibles et se montre patient envers tous.
 Qu’il souhaite être aimé des moines plutôt que redouté.
 En obéissant au supérieur, ce n’est pas seulement de vous, c’est aussi de lui que vous aurez pitié.
 La persévérance
Malgré les difficultés, les épreuves de toutes sortes, le moine doit persévérer. C’est la promesse que nous avons fait devant Dieu, les Anges et les hommes.
Il n’est pas suffisant que nous demeurions dans le sentiment d’humilité et de patience, nous devons avancer et faire des progrès.
Ce n’est pas celui qui commence, mais celui qui persévère qui est sauvé. (cf. Matthieu 23, 13) (IV,36)
Dans les Églises Orthodoxes, chaque Communauté monastique à sa propre identité, sa vocation propre, son visage, des aspects que les circonstances de lieux et de temps ont façonnés dans l’inspiration du Saint Esprit.
 Les vocations personnelles se réalisent chacune dans leurs particularités. On peut dire qu’il y a autant de forme de vie monastique qu’il y a de moines.
 Chaque moine a une manière de vivre avec Dieu dans l’ascèse qui lui est propre. C’est pourquoi diverses formes de vie monastique peuvent se rencontrer dans un même lieu.
 Certains monastères, certaines Communautés, vivent loin du monde : à la campagne, à la montagne, ou dans le désert. D’autres sont dans la cité, au milieu du monde, oeuvrent et travaillent dans le monde.
 Mais tous les moines parcourent le même chemin, tous ont les mêmes engagements.
 Le moine se doit de vivre sa vie dans la force de la Résurrection à travers la Croix que le Christ l’invite à prendre afin de le suivre. Dans la déréliction, dans la souffrance acceptée librement, le moine creuse en son cœur la conscience de cette faille, de cette brisure qu’il porte en lui comme tout homme pécheur.
 Il est appelé cependant à ce que le Christ guérisse cette blessure dans l’effusion de l’Esprit en la remplissant de l’amour divin, dans une Pentecôte toujours renouvelée, dans une ascension incessante vers l’amour du Père.
 Cette prise de conscience nécessite pour le moine de prendre ses distances vis-à-vis de toutes les joies et de toutes les consolations de ce monde, même légitimes et bénies par Dieu en d’autres occasions, afin de ne vouloir et de ne connaître que Dieu seul.
 Nos Soeurs en Grèce. Avlonos.
 Là se trouve le fondement de son célibat et de son ascèse.
 Cette œuvre spirituelle, cette lente progression vers la sainteté nécessite le secours de la tradition monastique. 
En elle l’intelligence, la sagesse, le discernement, l’expérience de ceux qui ont parcouru cette voie avec lui guident le moine, l’éclairent et le soutiennent dans ses combats, dans ses difficultés et dans ses chutes.
 Les moines ne sont pas des saints, mais des hommes, pauvres, faibles, pécheurs comme tous les hommes, qui cherchent de tout leur cœur à entrevoir un peu de la lumière du Royaume.
 (D’après : La vie monastique, son esprit, ses textes fondamentaux. Éd. l’Âge d’homme 1990.  – Foi, vie et tradition de l’Église Orthodoxe – Paix)


 Simplement, modestement...Moine.