mercredi 10 juillet 2013

MÉDITATION

(D'après un texte de saint Isaac le Syrien)

Nous n'avons pas à connaître ce que les hommes font de mal.
(Discours ascétique 58, Oeuvres spirituelles.)
in : variation sur la charité -cerf- Jean Claude Larchet

(c)Saint Isaac le Syrien
(Icône réalisée par Élisabeth LAMOUR  - 24.09.2012.)

Texte de saint Isaac.
*-Laisse-toi persécuter, mais ne persécute pas. Laisse-toi crucifier, mais ne crucifie pas, laisse-toi outrager, mais n'outrage pas. Laisse-toi calomnier, mais ne calomnie pas.

*-Sois doux et n'aie jamais aucune ardeur au mal.

*-La justification de soi est étrangère à la vie des chrétiens. Elle ne figure pas dans l'enseignement du Christ.

*-Réjouis-toi avec ceux qui se réjouissent. Et pleur avec ceux qui pleurent. Tel est le signe de la véritable pureté.

*-Sois malade avec les malades.

*-Afflige-toi avec les pécheurs. Exulte avec ceux qui se repentent.

*-Sois l'ami de tous les hommes. Communie aux souffrances de tous.

*-Ne reprends personne, ne blâme personne, pas même ceux qui font beaucoup de mal dans leur vie.

*-Étends ton manteau sur celui qui tombe dans la faute, et couvre-le. Et si tu ne peux pas prendre sur toi les fautes, et recevoir le châtiment et la honte à sa place, du moins ne l'accable pas et ne le déshonore pas.

*-Sache, ô homme, qu'il nous faut vivre à l'intérieur de notre cellule pour cette raison : nous n'avons pas à connaître ce que les hommes font de mal. Alors notre conscience est pure, et nous considérons que tous sont saints et que tous sont nobles.

*-Mais si nous blâmons, si nous réprimandons, si nous jugeons, si nous examinons, si nous châtions, si nous nous plaignons, en quoi notre vie de moine ou de chrétien diffère-t-elle de la vie dans les cités des hommes ?

Commentaire :
Ce texte est en complète contradiction avec les comportements et le mode de pensée de notre société d'aujourd'hui centrée sur l'EGO, sur l'adulation de la personne et sur son MOI-JE.

Que nous enseigne saint Isaac ?

1- Il nous dit d'accepter de subir le mal de la part de "l'autre" plutôt que de faire du mal a autrui, d'opposer la douceur à toute forme d'agressivité.

C'est totalement conforme à ce que nous enseigne le Seigneur Christ : "on vous a dit oeil pour oeil, dent pour dent, je vous dit de ne pas tenir tête au méchant..." (Matthieu 5, 38-40)

2- Saint Isaac nous conseille de s'abstenir de se JUSTIFIER SOI-MÊME si l'on est critiqué, l'objet de médisances ou de calomnies, ou si l'on est accusé, même injustement. Selon les saints Pères, la justification de soi est une expression de grand orgueil et d'amour égoïste de soi que l'on nomme PHILAUTIE, d'attachement à sa volonté propre.

Celui qui est parvenu à ne plus éprouver le besoin de se justifier ni aux yeux des autres ni même à ses propres yeux, atteint dans une large mesure le renoncement  à soi, la pauvreté spirituelle, l'impassibilité, et a trouvé l'humilité.

3- Être compatissant envers quiconque, en se faisant "tout à tous et en particulier faible avec les faibles"(Paul aux Corinthiens 9, 22)
Cela va du plan corporel, psychique et spirituel, souffrant avec ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme.

4- Être "ami des hommes" à l'imitation du Christ "AMI des HOMMES" (Philanthropos), c'est-à-dire d'aimer tous les hommes sans distinction, de vouloir leur bien, c'est-à-dire leur salut.

5- Ne pas juger les autres.
Cette attitude fondamentale implique diverses attitudes dérivées :
- Ne jamais reprendre quelqu'un (éviter de lui dire qu'il a mal agit, et de lui donner des conseils pour agir autrement);
- Ne jamais lui faire de reproche.
- Lorsqu'il a commis une faute, l'attitude la meilleure, dont les Saints nous donnent l'exemple, consiste à prendre cette faute sur soi-même, à se sentir responsable et à en faire pénitence. (sans autre commentaire).

Nous lisons sous la plume de saint Isaac le Syrien le conseil, que nous ont donné tous les Pères, de "couvrir la faute de son frère", c'est-à-dire non seulement de la cacher pour que les autres ne la voient pas, mais de n'en parler d'aucune manière à autrui (fût-ce dans une prétendue bonne intention) mais de refuser soi-même d'y prêter attention.
"Nous n'avons à voir ce que les autres font de mal" dit saint Isaac le Syrien (qui y voit l'une des justification de la vie monastique), non dans le sens où nous ne devons pas nous sentir concerné par ce que font les autres, y être indifférents et les abandonner à leurs péchés, mais dans le sens où nous ne devons ABSOLUMENT pas juger les autres et surtout pas leur attribuer le mal qu'ils commettent, notre devoir étant de pratiquer ce que les PÈRES nomment l'AUTOPRAGIE, qui consiste à "s'occuper de ses propres affaires", c'est-à-dire dans le domaine spirituel, à considérer exclusivement ses propres fautes et à en faire pénitence.

 Sainte Marie l'Égyptienne la pénitente.

Saint Maxime le Confesseur écrit : 
Il n'y a rien, en vérité, de plus déiforme que le divin amour, rien de plus mystérieux, rien qui élève davantage les hommes à la déification, car il porte, rassemblés en lui, tous les biens que la Parole de Vérité met au nombre des vertus.

Quel genre de bien en effet l'amour ne possède-t-il pas ?
- N'a-t-il pas la foi, fondement premier des choses relatives à la piété, qui donne à celui qui la possède un sentiment de certitude de l'existence de Dieu et des réalités divines ?

- Ne possède-t-il pas l'espérance qui fait subsister en elle le bien vraiment subsistant ?

- L'humilité, la base première de toutes les vertus, qui nous fait accéder à la connaissance de nous-mêmes et dégonfle la vaine enflure de l'orgueil?

- Et la douceur dont nous souffletons ceux qui nous critiquent comme ceux qui nous flattent, repoussant ainsi deux CALAMITÉS OPPOSÉES, LA GLOIRE ET LE MÉPRIS ?

- La mansuétude par laquelle nous gardons, même blessés, notre équanimité en face de ceux qui nous font du mal, n'étant pas plus touchés par la haine que par la rancoeur ?

-Et la pitié par laquelle nous faisons nôtre les malheurs d'autrui et qui ne nous permet pas d'ignorer celui qui est de notre parenté et de la même espèce ?

- La tempérance, la patience, la longanimité, la bonté, la paix et la joie qui apaisent doucement les puissances irascible et concupiscible de notre âme, leur bouillonnement brûlant et leur inflammation ?

Et simplement, pour le dire en quelques mots, l'amour est la fin de tous les biens et la source de tout bien - ceux qui marchent en lui, guide fidèle, infaillible et permanent.
(Saint Maxime le Confesseur, lettres, Éd. du Cerf, 1998, Lettre à Jean le Cubiculaire sur la charité, p. 82-83)   
 Il n' y a pas plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime.
Le Christ, notre si doux Seigneur, bon et Ami des hommes, est allé sur l'arbre de la Croix par pur amour de chacun de nous.