mardi 24 décembre 2013

MEMOIRE DE NOTRE PERE 
SAINT DANIEL LE STYLITE DE CONSTANTINOPLE

le 11 / 24 décembre 

St. Daniel le Stylite.

LECTURES : 
Epître : 1 Timothée 5, 11-21.

Evangile : Marc 8, 22-26.

Carême de la Nativité.

MEDITATION :
(D'après des textes de la Philocalie)

La Foi est une rencontre, elle s'approfondie en une SYNERGIE, une collaboration de l'Esprit de Dieu et de la liberté de l'homme ; à travers les "VERTUS" qui sont autant de modalités de la vie en CHRIST, elle permet la paix, le silence intérieur, l'amour vrai.

La Foi, nous disent Ignace et Calliste Xanthopouloi, est liée à l'invocation fervente de JESUS : celui qu'on aime, en qui l'on met sa confiance, on ne cesse de l'appeler car IL dit : "sans moi vous ne pouvez rien faire" (Jean 15, 5).

La Foi célèbre entre Dieu et les saints la liturgie des mystères ineffables dans lesquels s'anticipe l'ultime.

Le passage n'est pas joie sans crise, et souvent crise terrible, comme l'amour.

La Foi nous fait entrer dans la lumière d'une présence, une lumière infiniment douce mais aussi infiniment lucide (dans tous les sens du terme) dans laquelle notre conscience se juge, comme elle se juge parfois dans un regard d'enfant.

L'homme sort alors de son somnambulisme et de ses illusions pour connaître, étroitement imbriquées, la CRAINTE DE DIEU et la MEMOIRE de la MORT.

La CRAINTE DE DIEU, expression presque impossible a employer de nos jours, n'implique nullement un sentiment de "peur de Dieu", de "menace de Dieu", 'd'épée divine suspendue au-dessus de nos têtes", encore moins une conception terroriste du divin, et SURTOUT pas une obsession malsaine de la culpabilité individuelle.

DIEU EST AMOUR !
Il nous appelle à prendre conscience et de la condition humaine réelle et de notre responsabilité pour cette condition.

La CRAINTE DE DIEU nous met face à nous-mêmes, nous fait prendre conscience de la mort spirituelle où nous sommes et de l'angoisse, pas seulement psychologique, mais proprement métaphysique qui se love au plus profond de nous.

Nous sentons avec angoisse que ce monde "de vanité " dont nous parle l'Apôtre saint Paul (Romains 8, 20), c'est-à-dire le vide, va nous absorber. Et que ressentons-nous alors ? Nous suffoquons dans ce vide abyssal.

Cette angoisse s'ouvrant sur le néant, abîme profond, est insupportable, intolérable.

Nous nous sentons jetés comme des naufragés en perditions.

Pourtant quand cette angoisse est passée, nous disons bien souvent : "ce n'était rien !", et c'est précisément ce RIEN qui nous angoissait.

L'angoisse désigne l'absence de Dieu, MON ABSENCE à DIEU.

Cette mémoire de la mort, dont nous parlons plus haut, devient mémoire de Dieu. Pas n'importe qu'elle image de Dieu, mais de notre Dieu humilié, crucifié, ressuscité et nous ressuscitant. L'angoisse de son poids même, devient CONFIANCE.

Alors, paisiblement, c'est le PENTHOS, le coeur de pierre qui se brise, le deuil des moines orthodoxes dans leur robe noir sur laquelle est posé le scapulaire qui représente les instruments de la Passion. C'est la nostalgie de l'Adam que nous sommes tous lorsqu'il se découvre exilé du paradis.

Si proche le paradis, dans un regard, un sourire, un jardin où, la nuit, chante un rossignol (…)

Alors nous répétons le KYRIE ELEISON - Seigneur Jésus Christ, aie pitié de nous !, nous entrons dans le mystère de l'Agonie du Jardin des Oliviers, dans "la source des larmes" ouverte par la lance dans le côté offert du BIEN-AIME.

Comme pour Marie-Madeleine, près du Tombeau, découvrant le Jardinier (Jésus Ressuscité), le paradis se rouvre, les larmes de tristesse et d'amertume se transforment en larmes de joie : pneumatiques, spirituelles.

Ces larmes s'identifient à l'eau du baptême, elles rendent agissante la grâce baptismale.

Dans ces larmes se liquéfie le coeur.

Larmes de mort et de résurrection, eau baptismale, eaux originelles sur lesquelles souffle l'ESPRIT.

Saint Jean Climaque écrit : "Celui qui a revêtu les larmes bienheureuses comme robe nuptiale connaît le sourire spirituel de l'âme", faisant ainsi allusion à la parabole du festin où les bons et les mauvais sont invités sans autre condition, justement, que de revêtir la robe de la fête.

Il y a une légende en Russie, selon laquelle Dieu envoie l'Ange de la mort pour prendre l'âme d'un mourant. Il arrive parfois qu'au dernier moment l'Ange soit rappelé et l'homme survive.
Mais l'Ange a les ailes couvertes d'yeux. En s'en allant, il remplace les yeux de l'homme par des yeux qu'il prend sur ses ailes.
Et désormais l'homme voit autrement, avec la "mémoire de la mort", avec la "mémoire de Dieu", avec un détachement infiniment paisible et une tendresse de tout l'être.

La CRAINTE DE DIEU alors est transfigurée par l'amour.

Elle n'est plus que saisissement devant l'océan de la limpidité, à l'horizon duquel le ciel et l'eau se reflètent l'un l'autre comme en CHRIST, le divin et l'humain.

La crainte pure (l'amour) ne cessera JAMAIS… Elle exprime le saisissement de l'homme devant LA GLOIRE DE DIEU.

(PHILOCALIE- Ed. Desclée de Brouwer. J. Lattes.
Ecrits fondamentaux des Pères du désert aux Pères de l'Eglise- IVème - XIVème siècle)

Saint Daniel le Stylite.