jeudi 28 août 2014

VENDREDI 16 AOÛT orthodoxe
29 août civil

Commémoration du Transfert de la Sainte ICÔNE NON FAITE de MAIN D'HOMME
DE NOTRE SEIGNEUR JESUS CHRIST
depuis Edesse jusqu'à Constantinople.


LECTURES :
De la Fête
Epître : Colossiens 1, 12-18.

Evangile : Luc 9, 51-56  ;  10, 22-24.

Du jour :
Epître : 2 Corinthiens 7, 10-16.
Evangile : Marc 2, 18-22.

Jour de jeûne : Huile et vin.

TROPAIRE ton 2 :
Devant Ta sainte Icône nous nous prosternons, Dieu de bonté, * implorant le pardon de nos fautes, ô Christ notre Dieu, * car Tu as bien voulu souffrir en montant sur la Croix * pour sauver ta créature de la servitude de l'Ennemi ; * aussi dans l'action de grâce nous te crions : * Tu as rempli de joie l'univers, * ô notre Sauveur, en venant porter au monde le salut.

Orthros (matines) Ode 5, ton 6 :
Dieu très-bon, illumine, je t'en prie, * de Ton éclat divin * les âmes de Tes amants qui veillent devant Toi, * afin qu'ils te connaissent, ô Verbe de Dieu, * Toi, le Dieu véritable * qui nous fais revenir des ténèbres du péché.

Ton accueil, ô Christ, fut préparé * d'avance dans la petite cité * que délivrent des maladies * l'arrivée de Thaddée, * la lettre écrite de Ta main * et l'empreinte de Ton Visage divin.

KONDAKION ton 2 :
La Mère de Dieu qui jamais ne se lasse d'intercéder pour nous * et dont la protection ne pouvait cesser d'être notre espérance * ne se lassa vaincre par la mort ni le tombeau, * puisqu'Elle est la Mère de la Vie et qu'Elle a rejoint la Source de la vie : * Celui qui demeura dans Son sein virginal.

SYNAXAIRE
Vivant, sur le suaire imprima Son Visage
Celui qui dans la mort fut couvert de linceul.
L'argile façonnée transporte Ton image
non faite de main d'homme, Auteur du prime aïeul.

Icône de Novgorod - fin 15ème siècle.

MEDITATION
(d'après Léonide Ouspensky)

Dans la controverse avec les iconoclastes l'image du Christ non faite de main d'homme était l'un des arguments principaux des Orthodoxes, ceux d'Orient et ceux d'Occident.

C'est vraiment cette Icône (cette image) qui exprime par excellence le fondement dogmatique de l'iconographie (Vladimir Lossky. Le Sauveur archeiropoïète dans Le sens des Icônes. Ed. du Cef 2003) et qui est le point de départ de toute l'imagerie chrétienne.

L'histoire de l'image non faite de main d'homme est liée au dogme par la Tradition Apostolique : "ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché (…) et nous avons vu et nous rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée - ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons(1Jean 1, 3)

L'Eglise garde les traditions qui, par leur contenu, même exprimé sous une forme d'histoire, servent à manifester et à affirmer les vérités dogmatiques de l'économie divine.

La doctrine de l'Eglise Orthodoxe sur l'Image n'a pas été élaborée par les seuls saints Pères de la période iconoclaste, l'enseignement relatif à l'image est résumé dans le premier chapitre de l'Epître aux Colossiens, et il est caractéristique que cet enseignement soit exprimé non comme une pensée personnelle de Paul, mais comme un hymne liturgique de la première communauté chrétienne : "Il est l'Image du Dieu invisible, premier-né de toute la création." (Colossiens 1, 15-18).
Selon le contexte ce passage de l'Apôtre Paul est, par son contenu, analogue à la prière eucharistique.

Ce qui est frappant dans l'histoire de l'image envoyée au roi Abgar, c'est la disproportion entre l'épisode lui-même et l'importance que lui accorde l'Eglise. Les évangiles ne mentionnent pas cette épisode. D'ailleurs le fait que le Christ ait appliqué un linge sur Son Visage en y imprimant Ses traits n'est guère comparable à Ses autres miracles, comme les guérisons et les résurrections.

Ici, il ne s'agit pas simplement du fait que le visage du Christ se soit imprimé sur un linge, il s'agit de quelque chose d'essentiel ; ce visage est la manifestation du miracle fondamental de l'économie divine dans son ensemble : la venue du Créateur dans SA création.

Il est l'image, fixée dans la matière, d'une Personne divine visible et tangible, le témoignage de l'incarnation de Dieu et de la déification de l'homme. C'est une image par laquelle on peut adresser sa prière à son prototype divin.
Il ne s'agit pas là seulement de la vénération de la forme humaine du Verbe divin, il s'agit d'une vision face à face : c'est "une image terrible que nous glorifions, rendus capables de le voir face à face." (Stichère des Vêpres)

Cela seul rend déjà impossible toute confusion entre cette image et le suaire de Turin, confusion que nous rencontrons souvent y compris dans certains milieux orthodoxes.

Pareille identification n'est possible que lorsqu'on ne connaît pas ou ne comprend pas la Liturgie de la fête.

La question de l'authenticité du suaire de Turin en tant que relique ne nous concerne pas ici.

Nous n'insistons pas non plus sur l'absurdité, sur le simple plan du sens commun, d'une confusion entre un visage vivant regardant le spectateur les yeux grands ouverts, et celui d'un cadavre ; une confusion entre un suaire immense dans ses proportions, avec un petit linge employé pour s'essuyer en se lavant.

On ne peut passer sous silence le fait qu'une telle confusion contredit la Liturgie et donc le sens même de l'image.

Cette Liturgie ne se borne pas à faire remonter l'image à l'histoire du roi Abgar, elle exprime sa signification pour la prière et la théologie, elle souligne avec insistance le lien entre cette image et la Transfiguration : "Hier au mont Thabor la lumière de la Divinité inonda les plus grands parmi les Apôtres pour confirmer leur foi (…) Aujourd'hui (…) l'image lumineuse resplendit et confirme la foi de tous : C'est là notre Dieu qui S'est fait Homme" (Stichère ton 4)

L'IMAGE du Père non faite de main d'homme qu'est le Christ Lui-même, image manifestée dans le Corps du Seigneur et devenue par conséquent visible, est un fait dogmatique.

C'est pourquoi de quelque façon que nous comprenions l'expression "Image non faite de main d'homme", que ce soit l'apparition dans le monde du Christ Lui-même, Image du Père, que ce soit une image imprimée miraculeusement par Lui-même sur un linge, que ce soit une image fixée dans la matière par des mains humaines - même si la différence est immense -, rien ne change essentiellement.

C'est cela que l'Eglise Orthodoxe exprime dans le mégalinaire du jour de la Sainte face : "Nous te magnifions, Christ, Donateur de vie, et nous vénérons la très glorieuse représentation de Ton Visage très pur."

Cette glorification ne peut en aucun cas se rapporter à l'empreinte d'un corps mort, mais elle se rapporte à toute image orthodoxe du Christ.

Toute image du Christ contient et montre ce qui est verbalement exprimé par le dogme de Chalcédoine : c'est l'image de la deuxième Personne de la Sainte Trinité qui unit en Elle sans séparation et sans confusion les deux natures, divine et humaine.

Cela est témoigné dans l'Icône par l'inscription de deux noms, celui du Dieu de la révélation vétérotestamentaire : O ÔN (Celui qui est) et celui de l'Homme : Jésus (Sauveur) Christ (Oint).

Dans cette Image il nous est donné de voir tout à la fois : la manifestation absolue de la Divinité et la manifestation absolue du monde devenue un avec la Divinité.

"Dirige nos pas à la lumière de Ta Face afin que, marchant dans Tes commandements, nous soyons jugés dignes de Te voir, Toi, Lumière inaccessible." ( Stichère de l'orthros (matines)

Divine Liturgie à la Fraternité Monastique
Août 2014.

Un petit mot de l'Higoumène...