samedi 7 mars 2015

Fraternité Monastique de Nîmes - Iconostase et sanctuaire.

Réflexion sur la prière de Saint Ephrem le Syrien :

Cette simple prière occupe une place importante dans notre prière liturgique.
Pourquoi ?
Parce qu'elle énumère tous les éléments négatifs et positifs du repentir.
Elle est un aide-mémoire pour notre effort personnel de Carême.

Cet effort vise à nous libérer de certaines maladies spirituelles qui occupent une place trop souvent importante dans notre vie quotidienne et spirituelles.

Ces maladies spirituelles sont un obstacle, elles nous mettent dans l'impossibilité de commencer à nous tourner vers Dieu.

La prière nomme en premier lieu la Paresse.
Cette apathie, cette passivité qui nous tire vers le bas et qui nous persuade qu'aucun changement n'est possible, donc pas désirable.

Cette paresse est la racine de tout les péchés, parce qu'elle empoisonne l'énergie spirituelle.

La première conséquence que la paresse :
Le Découragement.
C'est l'état d'acédie, ou de dégoût. 
Tout est ramené au négativisme et au pessimisme. C'est vraiment un pouvoir démoniaque en nous.
Le diable est fondamentalement menteur. Il ment à l'homme au sujet de Dieu et du monde. Il remplit la vie d'obscurité et de négation. Le découragement c'est le suicide de l'âme. L'homme qui est possédé par le découragement est incapable de voir la lumière, ni même de la désirer.

Puis vient la soif de Domination.
Etrangement c'est la paresse et le découragement qui emplissent l'âme et notre vie du désir de dominer. La paresse rend notre vie vide et dénuée de sens, elle nous oblige à chercher une compensation dans une attitude radicalement fausse envers les autres.
Si donc, ma vie n'est pas orienté vers Dieu, elle devient égoïste et centrée sur moi-même, donc les autres deviennent des moyens au service de ma propre personne, de mes satisfactions.

Puisque Dieu n'est plus le Seigneur et Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et maître, le centre absolu de mon univers, j'évalue tout en fonction de mes besoins, de mes idées, de mes désirs et surtout de mes jugements.

Puisque l'esprit de domination vicie à la base mes relations avec les autres, je cherche à me les soumettre, à en faire mes objets.

Cela peut tourner à l'indifférence, au mépris, au manque de respect.

C'est un meurtre spirituel.

Nous arrivons au Vain bavardage.
Le parole est un don merveilleux de Dieu, les Pères y voient le "sceau" de l'image divine en l'homme, car Dieu Lui-même se révèle par le Verbe.

Mais cette parole peut être aussi une occasion de chute et de notre auto-destruction, de notre trahison et de notre péché.

La parole sauve et la parole tue, la parole inspire, et la parole empoisonne.

La parole est un instrument de vérité, mais aussi un moyen de mensonge diabolique.

Déviée de son origine et de sa fin divines, la parole devient VAINE.

Elle prête main forte à la paresse, au découragement, à l'esprit de domination et de mensonge, elle transforme la vie enfer. Elle devient la puissance même du péché.

Ce sont là les 4 points négatifs visés par le repentir, des obstacles à éliminer; mais seul Dieu peut le faire.


Regardons maintenant les buts positifs du repentir. Ils ont au nombre de 4.

La CHASTETE ou INTEGRITE.
Ne réduisons pas ce terme, comme on le fait bien trop souvent et de façon erronée, à son acception sexuelle, la chasteté peut être considérée comme la contre-partie positive de la paresse.

La traduction exacte et complète du terme grec sofrosyni et du russe tsélomoudryié devrait être : totale intégrité.
La paresse, mère de tant de vices, est avant dispersion, fractionnement de notre vision et de notre énergie, incapacité à voir tout.
Son contraire est alors précisément l'intégralité.
Si par le terme de chasteté, nous désignons la vertu opposée à la dépravation sexuelle, c'est que le caractère de notre existence n'est nulle part ailleurs plus manifeste que dans le désir sexuel, cette dissociation du corps d'avec la vie et le contrôle de l'esprit.
Le CHRIST restaure en nous l'intégrité et Il le fait en nous redonnant la vraie échelle des valeurs,en nous ramenant à Dieu.

Le fruit de cette intégrité ou chasteté est l'HUMILITE.
Elle est la victoire de la vérité en nous, l'élimination de tous les mensonges, les fourberies,les faux-semblants, dans lesquelles nous vivons au quotidien.
Seule l'HUMILITE est capable de vérité, capable aussi de voir et d'accepter les choses telles qu'elles sont et donc de voir Dieu, Sa majesté, Sa bonté et Son amour en tout.

C'est pourquoi on nous le rappelle souvent :Dieu fait grâce à l'humble et résiste au superbe, au vaniteux, à l'orgueilleux.

En toute logique, la chasteté et l'humilité sont naturellement suivies de la PATIENCE.
L'homme "naturel" ou "déchu" est impatient parce que, aveugle sur lui-même, il est prompt à juger et à condamner les autres.
Il juge tout à partir de ses idées et de ses goûts.
Indifférent à tous, sauf à lui-même.
Il veut que sa vie  réussisse ici-même et dès maintenant. Il prépare sont "avenir", son demain est son essentiel, sa bataille.

Hors la patience est une vertu véritablement divine.
Dieu est patient non pas parce qu'IL est "indulgent", mais parce qu'Il voit la profondeur de tout ce qui existe, parce que la réalité interne des choses que, dans notre aveuglement, nous ne voyons pas, est à nu devant Lui.

Logique : Plus nous approchons de Dieu, plus nous devenons patients et plus nous reflétons ce respect infini pour tous les êtres qui est la qualité propre de Dieu.

Enfin, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute croissance et de tout effort, est la CHARITE, cet amour qui ne peut être donné que par Dieu, ce don qui est le but de tout effort spirituel, de toute préparation et de toute ascèse.



Tout ceci se résume et se rassemble dans les demandes qui concluent cette magnifique et si modeste prière :
Oui Seigneur Roi
Donne-moi de voir mes propres fautes,
de ne pas juger mes frères, 
Car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amin!

Car il n'y a qu'un danger : l'ORGUEIL.

Cet ORGUEIL qui est la source de tout mal, et tout mal est orgueil.

Attention, soyons vigilants, car il ne suffit pas de voir nos propres fautes, car même cette apparente vertu peut tourner en orgueil.

Les écrits spirituels de nombreux Pères sont remplis d'avertissements contre les formes subtils d'une pseudo-piété qui, en réalité, sous couvert d'humilité et d'auto-accusation, peut conduire à un orgueil vraiment diabolique.

Mais quand réellement, sincèrement nous "voyons nos propres fautes, nous ne jugeons pas nos frères, quand, en d'autres termes, chasteté, humilité, patience et amour ne sont plus qu'une même chose en nous, alors, et alors seulement, le dernier ennemi - l'orgueil - est détruit en nous.

Dans notre vie de chrétien le salut et le repentir ne sont pas mépris ou négligence du corps, mais restauration de celui-ci dans sa vraie fonction en tant qu'expression de la vie de l'esprit, en tant que temple de l'âme humaine qui n'a pas de prix.

L'ascétisme chrétien est une lutte, non pas contre le corps mais pour lui.

Le corps participe à la prière de l'âme, de même que l'âme prie par et dans le corps.

Les prosternements, signes du repentir et de l'humilité, de l'adoration et de l'obéissance, sont donc le rite par excellence.